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commandeur

Genre

masculin

Prononciation

[kɔmɑ̃dœʀ]

Début de l'article

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(Fin 18e siècle–20e siècle) commandeur, carouge commandeur, troupiale commandeur : synonymes désuets de carouge à épaulettes* (d'Amérique du Nord).

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

ictéridé; passériforme.

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(À partir du 19e siècle) commandeur, commandeur huppé* [Gubernatrix cristata] : passereau granivore des forêts épineuses d’Amérique du Sud (sud du Brésil, nord de l’Argentine et Uruguay), voisin du tangara, à dessus strié verdâtre et à dessous jaunâtre, qui présente une huppe dressée et une gorge noires, toutes deux bordées de jaune vif chez le mâle et de blanc chez la femelle.

Nom(s) associé(s): synonymes ou quasi-synonymes.

syn. : (fin 19e –20e siècle) cardinal vert; (première moitié du 19e siècle) bruant huppéVoir notamment : Vieillot, Louis Pierre (1825). La galerie des oiseaux, tome 1, p. 84 (biodiversitylibrary.org, 2026/02/02)., bruant commandeurVoir notamment : Temminck, Coenraad Jacob (1838). Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux : pour servir de suite et de complément aux planches enluminées de Buffon, vol. 3, planches 63 et 64 (biodiversitylibrary.org, 2026/02/02)., tangara commandeurVoir notamment : Drapiez, Pierre Auguste Joseph (1845). Dictionnaire classique des sciences naturelles, tome 10, p. 251b (biodiversitylibrary.org, 2026/02/02)..

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

thraupidé; passériforme.

Origine et histoire

Il n’y a pas de lien direct entre ces deux emplois de commandeur

Premier emploi, pour désigner le Carouge à épaulettes.

C’est P. Guéneau de Montbeillard, le collaborateur de G.-L. Leclerc de Buffon, qui en 1775 a été le premier naturaliste à décrire le Carouge à épaulettes sous son ancienne appellation spécifique de commandeurBuffon, Georges-Louis Leclerc de, et coll. (1775). Histoire naturelle des oiseaux, tome 3, p. 214 et suivantes (GoogleLivres, 2022/02/10). Dans son texte, Guéneau de Montbeillard cite un passage plus ancien de l’Histoire de la Louisiane (1758) d’A. S. Lepage du Pratz dans lequel figure le mot commandeur (p. 217 : « quand les volées de commandeurs passent au-dessus, leur vue perçante découvre l’appât »). Cela pourrait donner à penser que ce nom avait déjà cours en Amérique du Nord. Or, c’est le mot étourneau qui apparaît dans le texte original et non pas commandeur (tome 2, p. 138 : Quand les Étourneaux en volant passent au dessus de ce sentier, leur vûe perçante découvre l’appas »; gallica.bnf.fr, 2022/02/10). :

Le Commandeur. […] il doit son nom de Commandeur à la belle marque rouge qu’il a sur la partie antérieure de l’aile, et qui semble avoir quelque rapport avec la marque d’un Ordre de Chevalerie : elle fait ici d’autant plus d’effet qu’elle se trouve comme jetée sur un fond d’un noir brillant & lustré […].

Source de la citation : Guéneau de Montbeillard, 1775

Cette appellation n’a pas été créée par Guéneau de Montbeillard , mais plutôt calquée sur le nom (commendadoza ou commendador) que les Espagnols avaient déjà donné à cet oiseau plus d’un siècle auparavant par rapprochement entre la tache rouge des ailes du mâle et l’insigne d’un chevalier commandeur« The lustre of its Wings commends the Acolchichi or red-shouldered bird, and obtained for it of the Spaniards an honourable name, who call these Commendadores, because they resemble the badge or cognizance of the Knights, who wear on their fide the like shining red. » [Ray, John (1678). The ornithology of Francis Willughby of Middleton in the county of Warwick, esq, p. 391 (GoogleLivres, 2022/02/10)]. La version latine du texte de 1676 mentionne plutôt la forme espagnole Commendadozas. [Willughby, Francis /Ray, John, éd., Ornithologiae libri tres, p. 302 (archive.org, 2022/02/10)]. Les naturalistes anglais ici font référence à l’Historia Avium Novae Hispaniae (1651) de Francisco Hernandez, ouvrage auquel renvoie également Guéneau de Montbeillard..

Comme le carouge à épaulettes avait été classé parmi les troupiales par M. Brisson en 1760 (sous le nom de troupiale à ailes rouges)Brisson, Mathurin (1760). Ornithologie ou Méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, especes & leurs variétés, tome 2, p. 97 (troupiale à aisles rouges) (GoogleLivres, 2022/02/10)., F. M. Daudin reprendra le générique de Brisson en 1800Daudin, François Marie (1800/an VIII). Traité élémentaire et complet d’ornithologie, ou Histoire naturelle des oiseaux, tome2, p. 344 (biodiversitylibrary.org, 2022/02/10). et proposera le nom technique binominal de troupiale commandeur, qui sera repris par la plupart des naturalistes européens du 19e siècle.

Vers 1850, alors que le groupe des troupiales fait l’objet de discussions, le naturaliste français E. Le Maout (1853)Le Maout, Emmanuel (1853). Histoire naturelle des oiseaux suivant la classification de M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, p. 278 (biodiversitylibrary.org, 2021/02/10). adoptera plutôt le nom de carouge commandeur. Ce nouveau nom technique, qui n’aura pas de succès en Europe, sera uniquement repris par deux naturalistes québécois de la fin du siècle (Lemoine, 1861; Provancher, 1872)LeMoine, James MacPherson (1861). Ornithologie du Canada, première partie, seconde édition, p. 233; Provancher, Léon (1872). « Faune canadienne. Les oiseaux », dans Le Naturaliste canadien, vol. 4, no 7, p. 192 (GoogleLivres, 2022/02/10)..

Au milieu du 20e siècle, le naturaliste vulgarisateur québécois C. MélançonMélançon, Claude (1954). Charmants voisins, troisième édition, p. 370. Cet ouvrage a connu une trentaine d’éditions depuis sa parution en 1940. a contribué à la diffusion au Québec de commandeur comme nom usuel du Carouge à épaulettes, mais cette appellation semble être tombée en désuétude depuis.

Deuxième emploi, pour désigner le Commandeur huppé.

Le Commandeur huppé n’est connu des naturalistes que depuis le début du 19e siècleL’espèce a d’abord été décrite par le militaire-naturaliste espagnol F. de Azara dans son essai d’histoire naturelle consacré aux oiseaux du Paraguay et du Rio de la Plata (Apuntamientos para la historia natural de las Paxaros del Paraguay y Rio de la Plata) publié de 1802 à 1805. Dans la traduction française de cet ouvrage parue en 1809, le Commandeur huppé porte le nom de huppé jaune (Voyages dans l’Amérique méridionale, par Don Félix de Azara, […] suivis de l’histoire naturelle des oiseaux du Paraguay et de La Plata, traduite et augmentée d’un grand nombre de notes par M. Sonnini, p. 284; biodiversitylibrary.org, 2026/01/31).. Après avoir été d’abord associée au groupe des bruants (genre Emberiza), cette espèce a été reclassée à partir de 1837Lesson, René Primevère (1837). Compléments des œuvres de Buffon ou Histoire naturelle des animaux rares découverts par les naturalistes et les voyageurs depuis la mort de Buffon, tome 8, Oiseaux, p. 295. (Avibase, sous Gubernatrix sp., 2026/01/31). dans un tout nouveau taxon générique proposé par R. P. Lesson et auquel il a donné le nom latin de Gubernatrix et le nom français de commandeur. Lesson a directement repris ces mots latin et français des précédentes appellations mises en place une douzaine d’années plus tôt par C. J. TemminckVoir : Bulletin des sciences naturelles et de géologie, deuxième section du Bulletin universel des sciences et de l’industrie, tome 1, 1824, no 129, « Nouveau recueil de planches coloriées d’oiseaux de MM Temminck et Laugier », p. 89 : table de la 11e livraison, planches 63 et 64 (GoogleLivres, 2026/01/31)., Emberiza gubernatrix et Bruant commandeur, où ils jouaient le rôle d’éléments spécifiques complémentaires et n’étaient pas exclusivement réservés à cette espèce. Quant à commandeur huppé, le nom technique actuel, il n’est attesté que depuis la fin du 19e siècle (Moreau, 1891)Moreau, Henri (1891). L’amateur d’oiseaux de volière, p. 266 (GoogleLivres, 2026/01/31)..

Taxonomie et nomenclature

Dans la nomenclature actuelle, le générique commandeur ne sert à désigner qu’un seule espèce de passériforme de la famille des thraupidés, espèce unique du genre Gubernatrix, scientifiquement dénommée Gubernatrix cristata (précédemment Gubernatrix cristatella). À la fin du 20e siècle, cette espèce était classée dans la famille des embérizidésVoir notamment : Commission internationale des noms français des oiseaux (1993). Noms français des oiseaux du monde, no 9230..

Par ailleurs, le terme commandeur est également utilisé comme élément spécifique dans la dénomination du Colombar commandeur (Treron phoenicopterus) et du Traquet commandeur (Myrmecocichla nigra), deux espèces non apparentées. 

Références et notes

Source(s) métalinguistique(s)

  • Jobling, J. A., Key to Scientific Names in Ornithology, sous Gubernatrix (birdsoftheworld.org, 2026/01/30).

Base(s) ornithologique(s) de référence

Date de consultation :

  • Avibase
  • Birds of the World
  • eBird
  • Oiseaux.net

Note(s)