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esterlet, istorlet

Genre

masculin

Prononciation

[ɛstɛʀlɛ], [istɔʀlɛ]

Variante

(voir ci-dessous)

Début de l'article

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(Acadie et golfe du St-Laurent) Synonyme de sterne pierregarin*.

Remarque complémentaire à la définition du mot-entrée.

Esterlet est la forme acadienne conforme à la tradition lexicographique, alors qu’istorlet est la forme actuellement la plus largement diffusée au Québec.

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

laridé; charadriiforme.

Origine et histoire

C’est N. Denys dans sa description de l’Acadie publiée en 1672Denys, Nicolas (1672). Description geographique et historique des costes de l'Amerique septentrionale, avec l'histoire naturelle du païs, tome 1, p. 33; tome 2, p. 307 (canadiana.ca, 2020/11/16). qui fournit les premières mentions de cette appellation sous la double graphie esterlet et esterlais :

Il y a aussi des Outardes, des Canards, des Moyaques, des Goislans, Esterlets, Perroquets de mer, Pigeons de mer, & de toutes autres sortes d’oyseaux en grand nombre [p. 33]. [...] Les Esterlais, sont d’autres oyseaux, gros comme un pigeon, qui vivent de poissons, volent toûjours en l’air s’il apperçoit sa proye il tombe dessus ainsi qu’une pierre, la prend avec le bec & l’avalle [p. 307].

Source de la citation : Denys, 1672

Sous la première de ces deux formes, le mot sera enregistré dans un certain nombre de dictionnaires français de la seconde moitié du 18e siècleÀ partir de l’édition de 1752 du Dictionnaire universel françois & latin de Trévoux. à la seconde moitié du 19e siècleJusqu’aux dictionnaires de Bescherelle l’aîné (Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française, 15e édition, 1875) et de N. Landais (Grand dictionnaire général et grammatical des dictionnaires français, 11e édition, 1852).. D’abord associé uniquement à l’Acadie, il sera par la suite associé à l’Afrique, à la suite d’une erreur introduite par le Dictionnaire universel de la langue française de P. C. V. Boiste dans son édition de 1819.

La documentation ancienne ainsi que les observations géolinguistiques relevées au cours du 20siècle dans les régions acadiennes ou d’origine acadienne du golfe du Saint-Laurent font état d’une grande variation formelle (initiale en es-, is- ou en st-La forme sterlet est mentionnée par le baron de Lahontan dès 1703 dans sa liste des « Oiseaux des Païs septentrionaux du Canada ». Voir: Lahontan, Louis-Armand de Lom d'Arce, baron de (1703). « Mémoires de l'Amérique septentrionale, ou La suite des voyages de Mr. le baron de Lahontan », dans Lahontan. Œuvres complètes 1, édition critique par Réal Ouellet et Alain Beaulieu, 1990, p. 573.; syllabe centrale en ar-, or-, er- ou en eur-; finale en -t muette ou sonore). La forme istorlet, recueillie par G. Massignon en 1950, a été plus largement diffusée au Québec au début des années 1960Notamment dans le texte de « Si les bateaux » (Gilles Vigneault. Vol. II Chante et récite, 1963), devenu un classique de la chanson québécoise : « Profond comme au large de l’île/ Doux comme une aile d’istorlet/ Loin comme l’Angleterre/ Je t’aimerai/ Je t’aimerai ». par le poète et chansonnier G. Vigneault, originaire de la Côte-Nord du golfe du Saint-Laurent.

L’appellation acadienne esterlet semble être un héritage du Nord-Ouest de la France, et plus particulièrement de la Normandie où des formes très similaires (étélet, ételé, étêley) ont été signalées comme synonymes de sterne à partir du 19e siècleRolland, Eugène (1879), Faune populaire de la France, tome 2 Les oiseaux sauvages, p. 389 (GoogleLivres, 2020/11/27). et où, dès le milieu du 16e siècle, on relève une attestation d’estelier dans le même emploi. La source étymologique d’esterlet demeure obscure, mais ce mot a vraisemblablement des liens historiques avec stern, l’ancien nom anglais de la sterne, lui-même d’origine scandinave.

Références et notes

Source(s) métalinguistique(s)

  • TLFi
  • FEW 17 stern, p. 229b; 21 (étymons inconnus), p. 244a, sous sterne.
  • Cormier, Yves (1999). Dictionnaire du français acadien.
  • Dulong, Gaston et Gaston Bergeron (1980). Le parler populaire du Québec et de ses régions voisines, volume 6, question 1507.
  • Fonds documentaires du Trésor de la langue française au Québec (tlfq.ulaval.ca/fichier, 2020/11/26).
  • Massignon, Geneviève (1962). Les parlers français d’Acadie, tome 1, p. 271, no 427 « Hirondelle de mer ».
  • Naud, Chantal (1999), Dictionnaire des régionalismes des îles de la Madeleine.
  • Péronnet, Louise, Rose Mary Babitch, Wladislaw Cichocki et Patrice Brasseur (1998). Atlas linguistique du vocabulaire maritime acadien, questions 381-384, p. 636.
  • Thomas, Antoine (1910). « Esterlet (Canada, Normandie) », Bulletin du parler français au Canada, volume 8/6, p. 212-215.

Note(s)