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oiseau de paradis

Genre

masculin

Prononciation

[wazodəpaʀadi]

Début de l'article

Définition (emploi principal du mot-entrée).

Synonyme de paradisier.

Nom(s) associé(s): synonymes ou quasi-synonymes.

syn. : (voir sous paradisier).

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

paradisaéidé; passériforme.

Origine et histoire

C’est au début du 16e siècle, au retour de la première expédition navale autour du Globe initiée par F. de Magellan, que les Européens ont découvert l’existence des paradisiers d’Océanie. Les dépouilles au superbe et singulier plumage de ces oiseaux exotiques, destinées à l’origine à servir d’ornement, avaient généralement été amputées de leurs membres, ce qui alimenta la légende venue d’Orient selon laquelle il s’agissait notamment d’oiseaux essentiellement aériens provenant du paradis, légende que même les naturalistes européens de l’époque (notamment le Suisse C. Gesner, l’Italien U. Aldrovandi et l’espagnol J. E. Nieremberg) ont contribué à diffuser. Dans ses Histoires prodigieuses publiées en 1561Histoires prodigieuses extraictes de plusieurs fameux autheurs, grecz & latins, sacrez & prophanes : mises en nostre langue par P. Boaistuau, surnommé Launay, natif de Bretaigne, 1651, chapitre 34 « Histoire prodigieuse d’un Oyseau qui n’a aucuns pieds, & vit en l’air & n’est trouvé que mort en la terre ou en la mer. », feuillet 157v et 158r (gallica, bnf.fr, 2025/02/25)., le compilateur français P. Boaistuau consacre un chapitre à ce type nouveau d’oiseau qu’à l’instar de GesnerGesner, Conrad (1555). Historiae animalium : Liber III qui est de avium natura, p. 611 « De paradisea, vel paradisi ave » (numistral docnum.unistra.fr/digital, 2025/02/25)., il décrit sous le nom d’oiseau de paradis :

Gesnerus en son histoire Latine des oyseaulx (duquel j’ay emprunté ce pourtrait) écrit ce qui s’ensuit : Cest oyseau duquel tu vois icy la figure, s’apelle Oyseau de paradis, ou Ap[o]s Indica […].

Source de la citation : Boaistuau, 1561

La légende a vraisemblablement été tenace puisqu’en 1775Buffon, Georges-Louis Leclerc de, et coll. (1775). Histoire naturelle des oiseaux, tome 3, p. 151 et suivantes (GoogleLivres, 2025/02/25)., dans l’Histoire naturelle des oiseaux de G.‑L. Leclerc de Buffon et de P. Guéneau de Montbeillard, l’article consacré à l’Oiseau de paradis (en l’occurrence le Paradisier grand-émeraude) s’attarde longuement sur « les qualités fausses & imaginaires qui lui ont été attribuées » ainsi que sur le contexte historique qui en explique l’origine.

Si Boaistuau semble être le premier auteur à mentionner l’emploi d’oiseau de paradis comme nom du paradisier, le nom composé lui-même avait déjà été utilisé antérieurement. Selon le Trésor de la langue française, qui s’appuie sur le Complément du Dictionnaire de l’ancienne langue française de F. Godefroy, c’est dans un manuscrit de 1528Le texte de ce manuscrit a été publié au 17e siècle :  La fauconnerie de Jean de Franchieres, grand prieur d'Aquitaine, avec tous les autres autheurs qui se sont peu trouver, traictans de ce subject, 1685, p. 2, 5 (gallica.bnf.fr, 2025/02/25)., La fauconnerie de Jean de Franchières, qu’on relève la première attestation d’oiseau de paradis, que Godefroy définit comme s’il s’agissait d’un paradisier : « oiseau des Indes, à longues plumes brillantes ». Or, dans la citation qui illustre l’emploi, il est pratiquement invraisemblable qu’il s’agisse d’un paradisier :

Et manieres d’oyseaulx comme oyseaulx de paradis, qui sont plus grans que ayrons [= hérons], mays ilz ont jambez et pietz rouges, et le bec comme un papegay [= perroquet], le ventre de plumage blanc un peu couvert de rouge et le cou comme une sigoine [= cigogne]. 

Source de la citation : Franchières, manuscrit de 1528 (d'après Godefroy)

Le traité de fauconnerie fournit par ailleurs d’autres attestations d’oiseau de paradis où il est plus explicitement encore question d’un oiseau de rivière « un peu moindre que la Gruë » et « plus grans » que le héron. Si Franchières apporte chaque fois des précisions quant à la taille de son « oiseau de paradis », c’est sans doute que cet oiseau n’était pas aussi connu à l'époque que les autres gibiers de rivière mentionnés. Certains détails descriptifs (jambes et pieds rouges, plumage blanc un peu couvert de rouge) donnent à penser qu’il pourrait éventuellement s’agir de la grue de Sibérie (à l’état juvénile) ou du Héron garde-bœufs (en période de reproduction), mais Franchières ne fournit aucune piste permettant de deviner la motivation de l’appellation, ni de relier ce premier emploi isolé à celui qui a cours depuis la seconde moitié du 16e siècle.

Références et notes

Source(s) métalinguistique(s)

  • TLF, sous paradis.
  • Godefroy, Frédéric (1895-1902). Dictionnaire de l’ancienne langue française, Complément, tome 10, p. 270b (Gallica.bnf.fr, 2025/02/27).

Note(s)