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pipi, pipit, pitpit

Genre

masculin

Prononciation

[pipi] [pipit] [pitpit]

Précisions sur la prononciation

Dans son emploi technique actuel : [pipit]. 

Graphie

Dans son emploi technique actuel : pipit.

Début de l'article

Définition (emploi secondaire du mot-entrée).

(Seconde moitié du 17e siècle, dans des traductions de descriptions de l’Afrique) pipi : nom désignant un oiseau d’Éthiopie dénommé d’après son cri.

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(Seconde moitié du 18e siècle–début 19e siècle) pipit, pitpit : petit passereau insectivore et frugivore des forêts humides d’Amérique tropicale, à bec fin et pointu, et à plumage vivement coloré, qu’on a longtemps inclus dans la catégorie des becs-fins.

Remarque complémentaire à la définition du mot-entrée.

Ce nom a notamment été appliqué à des espèces que l’on appelle aujourd’hui dacnis.

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

thraupidé; passériforme.

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(Depuis le début du 19e siècle) pipit passereau insectivore terrestre des milieux ouverts (souvent montagneux, côtiers ou nordiques), voisin de l’alouette mais plus élancé, à bec fin, à queue relativement longue, à dessus généralement brunâtre et à dessous plus clair avec la poitrine marquée de taches ou de rayures plus sombres, dont les espèces, réparties sur tous les continents (sauf en Antarctique), sont particulièrement nombreuses en Eurasie, en Afrique et en Australie.

Remarque complémentaire à la définition du mot-entrée.

Dans cet emploi, pipi et pitpit ont également eu cours jusque dans la première moitié du 20e siècle.

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

motacillidé; passériforme.

Définition (emploi secondaire du mot-entrée).

Qc/Ca (Dans le langage enfantin) pipit, pitpit : petit oiseau; jeune oiseau.

Remarque complémentaire à la définition du mot-entrée.

On écrit plus rarement pipite ou pit-pit.

Origine et histoire

Toutes trois d’origine onomatopéique, les formes étroitement apparentées pipi, pipit et pitpit sont à rattacher à un ancien radical pipp- évoquant le cri des oiseaux, qui a également des liens avec le verbe pépier « pousser de petits cris (en parlant d’un oiseau) ». 

L’histoire de ces trois formes comme appellations d’oiseaux ne suit toutefois pas le même parcours.

pipi (seconde moitié du 17e siècle)

La première des trois, et la plus ancienne, est attestée dès le moyen français au sens de « pépiement » (sous la forme pippis)Le mot est attesté dès le 13e siècle sous la forme pipeis., mais on ne la relève comme nom d’oiseau qu’à partir de la seconde moitié du 17e siècle, et encore ce nom ne figure-t-il que dans des traductions de textes d’auteurs néerlandais et allemand relatifs à l’Éthiopie (Ludolf 1684Ludolf, Hiob (1684) Nouvelle histoire d’Abyssinie ou d’Ethiopie, p. 52 (gallica.bnf.fr, 2025/12/20). On relève également le nom de pipi dans l’édition originale latine de 1681 (Historia aethiopica, chapitre De avibus)., Dapper 1686Dapper, Olfert (1686). Description de l’Afrique, p. 421 (gallica.bnf.fr, 2025/12/20). L’édition originale néerlandaise date de 1668.) :

Comme il y a autant d’animaux [= de serpents] dangereux en Ethiopie, la nature y a fait naître plusieurs oiseaux pour l’extirpation de ces monstres […]. D’autres qui n’ont pas la force de les vaincre, les découvrent aux Chasseurs, comme fait le petit oiseau qu’on appelle Pipi, du cry qu’il fait.

Source de la citation : Ludolf, 1684

Pipi ne sera clairement introduit à la nomenclature aviaire française qu’un siècle plus tard (voir ci-dessous).

pipit, pitpit (seconde moitié du 18e siècle–début 19e siècle)

Les deux autres formes ne sont attestées en français qu’à partir de la seconde moitié du 18e siècle. Dans la nomenclature technique qui s’est mise en place à cette époque, les variantes pipit (introduite par M. Brisson en 1760)Brisson, Mathurin (1760). Ornithologie ou Méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, especes & leurs variétés, tome 3, p. 531 et suivantes (GoogleLivres, 2025/12/22). ou pitpit (adoptée par G. L. Leclerc de Buffon en 1778)Buffon, Georges-Louis Leclerc de, et coll. (1778). Histoire naturelle des oiseaux, tome 5, p. 337 et suivantes (GoogleLivres, 2025/12/13). ont d’abord été appliquées à de petits passereaux à bec fin d’Amérique tropicale appelés aujourd’hui dacnis (famille des thraupidés)En 1759, le compilateur F.-A. Aubert de La Chesnaye Des Bois répertorie le mot pipit dans son Dictionnaire raisonné et universel des animaux, mais son article qui porte sur d’autres petits oiseaux ne permet pas d’identifier les espèces associés à cette appellation (GoogleLivres, 2025/12/21). Et le mot pipit ne figure pas à la nomenclature du Dictionnaire de Trévoux qu’il mentionne comme source. L’article pipit paru une dizaine d’années plus tard dans le Dictionnaire raisonné universel d’histoire naturelle (nouvelle édition, tome 4, 1768) de J.‑C. Valmont de Bomare n’est qu’une reprise de l’article de La Chesnaye Des Bois (GoogleLivres, 2025/12/21).. Ces appellations, dont ni Brisson ni Leclerc de Buffon ne précisent la motivation, sont perçues comme des noms de formation onomatopéique par leur contemporain P. J. C. Mauduyt de La VarenneEncyclopédie méthodique [de Panckouke], Histoire naturelle des oiseaux, tome 2, 1784, p. 381a, sous pitpit (article de Pierre Jean Étienne Mauduyt de La Varenne; GoogleLivres, 2025/12/21). :

M. le comte de Buffon écrit pitpit & M. Brisson pipit. Ces noms, dont j’ignore l’éthymologie [sic], sont probablement représentatifs du cri des oiseaux auxquels ils sont donnés.

Source de la citation : Mauduyt de La Varenne, 1784

Ce premier emploi de pipit et pitpit va assez rapidement tomber en désuétude dans la première moitié du 19e siècle avec l’adoption de tangara comme nouveau nom générique français. 

pipi, pipit, pitpit (à partir du début du 19e siècle)

La plupart des petits passereaux qui portent aujourd’hui le nom de pipit ont d’abord été étroitement associés au groupe des alouettes (genre Alauda) et, jusqu’à la fin du 18e siècle, ils étaient dénommés à partir du générique alouette

Au début du 19e siècle, la situation est appelée à changer rapidement avec la mise en place d’un nouveau classement où les pipits sont dissociés des alouettes et classés dans un genre à part, le genre Anthus (créé en 1805 par le naturaliste allemand J. M. Bechstein).

Ce reclassement allait entraîner l’introduction d’un nouveau générique français pouvant correspondre au nouveau taxon latin. Dès les années 1810 apparaissent deux formes concurrentes principales, pipit (ayant pitpit comme variante) et pipi, respectivement adoptés par les naturalistes C. J. Temminck (1815)Temminck, Coenraad Jacob (1815). Manuel d'ornithologie ou Tableau systématique des oiseaux qui se trouvent en Europe, p. 148 (GoogleLivres, 2025/12/17)., d’origine néerlandaise, et L. P. Vieillot (1818)Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, appliquée aux arts, vol. 26, 1818, sous pipi (article de Pierre Louis Vieillot), p. 485 : « J’ai suivi le sentiment de MM. Bechstein et Meyer, qui ont distrait des alouettes, les oiseaux dont il va être question, pour en faire un genre particulier, sous le nom d’anthus, déjà appliqué par Johnston au pipi proprement dit [= l’Alouette pipi], et que j’ai remplacé, en français, par celui de cet oiseau, qui convient à tous ou presque tous, puisqu’un de leurs cris l’exprime plus ou moins. » (biodiversitylibrary.org, 2025/12/14)..

Les deux génériques vont cohabiter jusque dans la première moitié du 20e siècle. Pipit s’imposera rapidement à partir de 1935, conformément aux recommandations de la Commission pour l’unification des noms français des oiseauxBoubier, Maurice (1935). « Rapport sur les travaux de la Commission pour l’unification des noms français des oiseaux », L’oiseau et la Revue française d’ornithologie, vol. 5, p. 192 article 10 (biodiversitylibrary.org, 2025/12/17)..

Dans cet emploi, le terme pipit a vraisemblablement été adopté sous l’influence de l’anglais pipit attesté depuis 1731 (d’abord sous la forme pippit) comme nom spécifique du Pipit farlouse (ou d’une petite espèce similaire)Albin, Eleazar (1731). A Natural History of Birds, tome 1, p. 41 et p. 42 : « The Pippit or lesser Lark »; The Natural History of Birds, édité par Joseph Johnson, 1887, tome 3, p. 37 « It is the smallest species, and in some parts of England is called the Pipit from its cry. » (biodiversitylibrary.org, 2025/12/17).. Quant au terme pipi, il avait d’abord été introduit en 1778Buffon, Ibidem, p. 39-40. Voir aussi : Cuvier, Georges (1817). Le règne animal distribué d’après son organisation, tome 1, p. 371 : « Le Pipi (Alauda trivialis […] Anthus arboreus […]) » (biodiversitylibrary.org, 2025/12/23). par Leclerc de Buffon comme nom spécifique de la plus petite espèce de ses alouettes, sans doute sous l’influence des noms de cette espèce qui avaient déjà cours en anglais et en allemand :

l’alouette pipi. C’est la plus petite de nos alouettes de France; son nom Allemand piep-lerche, & son nom Anglais pipit sont évidemment dérivés de son cri, & ces sortes de dénominations sont toujours les meilleures, puisqu’elles représentent l’objet dénommé autant qu’il est possible; aussi n’avons-nous pas hésité d’adopter ce nom de pipi.

Source de la citation : Leclerc de Buffon, 1778

pipit, pitpit (dans le langage enfantin)

Attesté depuis 1930 dans le Glossaire du parler français au CanadaLa Société du parler français au Canada (1930). Glossaire du parler français au Canada, p. 517. (sous pipite), l’emploi de pipit ou pitpit dans le langage enfantin pour désigner un petit oiseau est encore assez largement répandu au Québec même si les mentions écrites sont rares. Selon le FEW, pipi semble avoir connu un emploi similaire en France et en SuisseCe que signale également le Glossaire du parler français au Canada en note : « Dial. Pipi = m[ême] s[ens], Anjou, Bretagne, Suisse »..

Taxonomie et nomenclature

Dans la nomenclature actuelle, le générique pipit sert à dénommer une quarantaine d’espèces de passériformes de la famille des motacillidés classées dans le genre Anthus ainsi que dans les genres monospécifiques Hemimacronyx et Tmetothylacus.

Dans des noms composés

Sous-ensemble de noms d’espèces.

Principales espèces présentes dans l’ouest de l’Europe, aux plumages peu distinctifs :

Nom(s) composé(s) d’espèce(s) faisant l’objet d’une sous-entrée.

pipit des arbres*, (19e–début 20e siècle) pipit des buissons [Anthus trivialissyn. ancien Anthus arboreus] : espèce à poitrine striée qui fréquente les milieux légèrement boisés. [syn. ancien (voir) alouette pipi.]

Nom(s) composé(s) d’espèce(s) faisant l’objet d’une sous-entrée.

pipit farlouse*, (19e–20e siècle) pipit des prés [Anthus pratensis] : espèce à poitrine fortement striée fréquentant les milieux très ouverts [voir : farlouse; syn. anciens : alouette de(s) pré(s), alouette farlouse.] 

Nom(s) composé(s) d’espèce(s) faisant l’objet d’une sous-entrée.

pipit rousseline* [Anthus campestris] : espèce des milieux ouverts relativement secs ou sablonneux.

Nom(s) composé(s) d’espèce(s) faisant l’objet d’une sous-entrée.

pipit spioncelle* [Anthus spinoletta] : espèce des milieux ouverts situés en altitude [voir : pipit d’Amérique].

Sous-ensemble de noms d’espèces.

Principale espèce présente au Canada :

Nom(s) composé(s) d’espèce(s) faisant l’objet d’une sous-entrée.

pipit d’Amérique* [Anthus rubescens] : espèce nordique nord-américaine, voisine du Pipit spioncelle, qui se reproduit dans la toundra. 

Remarque complémentaire relative à la sous-entrée.

Cette espèce a déjà été considérée comme une variété nord-américaine du Pipit spioncelle. Son nom actuel (calque de l’anglais American Pipit attesté dès 1934Taverner, Percy Algernon (1934). Birds of Canada, p. 335 (biodiversitylibrary.org, 2025/12/22).) ne s’est imposé qu’à la fin du 20e siècleVoir notamment : Ouellet, Henri, Michel Gosselin et Jean-Pierre Artigau (1990). Nomenclature française des oiseaux d’Amérique du Nord, p. 62, no 1523 (publications.qc.ca, 2025/12/22).. Dans la nomenclature nord-américaine, cette espèce avait d’abord été décrite sous les noms d’alouette pipi (seconde moitié du 19e siècle)Voir notamment : Le Moine, James MacPherson (1861). Ornithologie du Canada, d'après la nomenclature de Baird, seconde partie, p. 185 (biodiversitylibrary.org, 2025/12/22)., de farlouse d’Amérique (fin 19e–début 20e siècle)Voir notamment : Dionne, Charles-Eusèbe (1889). Catalogue des oiseaux de la province de Québec, p. 102 (biodiversitylibrary.org, 2025/12/22). et de pipit commun (seconde moitié du 20e siècle)Voir notamment : Comité permanent des noms français des oiseaux du Canada (1957). Liste des noms français des oiseaux du Canada, p. 14..

Références et notes

Source(s) métalinguistique(s)

  • TLFi
  • FEW 8 *pippare, p. 559 a et b.
  • Cabard (2022), p. 337
  • Donovan et Ouellet (1993).
  • Hageman (2000), p. 141.
  • Jobling, J. A., Key to Scientific Names in Ornithology, sous Anthus (birdsoftheworld.org, 2025/12/22).

Base(s) ornithologique(s) de référence

Date de consultation :

  • Avibase
  • Birds of the World
  • eBird
  • Oiseaux.net

Note(s)