pipi, pipit, pitpit
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(Seconde moitié du 17e siècle, dans des traductions de descriptions de l’Afrique) pipi : nom désignant un oiseau d’Éthiopie dénommé d’après son cri.
(Seconde moitié du 18e siècle–début 19e siècle) pipit, pitpit : petit passereau insectivore et frugivore des forêts humides d’Amérique tropicale, à bec fin et pointu, et à plumage vivement coloré, qu’on a longtemps inclus dans la catégorie des becs-fins.
Ce nom a notamment été appliqué à des espèces que l’on appelle aujourd’hui dacnis.
thraupidé; passériforme.
(Depuis le début du 19e siècle) pipit : passereau insectivore terrestre des milieux ouverts (souvent montagneux, côtiers ou nordiques), voisin de l’alouette mais plus élancé, à bec fin, à queue relativement longue, à dessus généralement brunâtre et à dessous plus clair avec la poitrine marquée de taches ou de rayures plus sombres, dont les espèces, réparties sur tous les continents (sauf en Antarctique), sont particulièrement nombreuses en Eurasie, en Afrique et en Australie.
Dans cet emploi, pipi et pitpit ont également eu cours jusque dans la première moitié du 20e siècle.
motacillidé; passériforme.
Qc/Ca (Dans le langage enfantin) pipit, pitpit : petit oiseau; jeune oiseau.
On écrit plus rarement pipite ou pit-pit.
Origine et histoire
Toutes trois d’origine onomatopéique, les formes étroitement apparentées pipi, pipit et pitpit sont à rattacher à un ancien radical pipp- évoquant le cri des oiseaux, qui a également des liens avec le verbe pépier « pousser de petits cris (en parlant d’un oiseau) ».
L’histoire de ces trois formes comme appellations d’oiseaux ne suit toutefois pas le même parcours.
pipi (seconde moitié du 17e siècle)
La première des trois, et la plus ancienne, est attestée dès le moyen français au sens de « pépiement » (sous la forme pippis)
Comme il y a autant d’animaux [= de serpents] dangereux en Ethiopie, la nature y a fait naître plusieurs oiseaux pour l’extirpation de ces monstres […]. D’autres qui n’ont pas la force de les vaincre, les découvrent aux Chasseurs, comme fait le petit oiseau qu’on appelle Pipi, du cry qu’il fait.
Source de la citation : Ludolf, 1684
Pipi ne sera clairement introduit à la nomenclature aviaire française qu’un siècle plus tard (voir ci-dessous).
pipit, pitpit (seconde moitié du 18e siècle–début 19e siècle)
Les deux autres formes ne sont attestées en français qu’à partir de la seconde moitié du 18e siècle. Dans la nomenclature technique qui s’est mise en place à cette époque, les variantes pipit (introduite par M. Brisson en 1760)
M. le comte de Buffon écrit pitpit & M. Brisson pipit. Ces noms, dont j’ignore l’éthymologie [sic], sont probablement représentatifs du cri des oiseaux auxquels ils sont donnés.
Source de la citation : Mauduyt de La Varenne, 1784
Ce premier emploi de pipit et pitpit va assez rapidement tomber en désuétude dans la première moitié du 19e siècle avec l’adoption de tangara comme nouveau nom générique français.
pipi, pipit, pitpit (à partir du début du 19e siècle)
La plupart des petits passereaux qui portent aujourd’hui le nom de pipit ont d’abord été étroitement associés au groupe des alouettes (genre Alauda) et, jusqu’à la fin du 18e siècle, ils étaient dénommés à partir du générique alouette.
Au début du 19e siècle, la situation est appelée à changer rapidement avec la mise en place d’un nouveau classement où les pipits sont dissociés des alouettes et classés dans un genre à part, le genre Anthus (créé en 1805 par le naturaliste allemand J. M. Bechstein).
Ce reclassement allait entraîner l’introduction d’un nouveau générique français pouvant correspondre au nouveau taxon latin. Dès les années 1810 apparaissent deux formes concurrentes principales, pipit (ayant pitpit comme variante) et pipi, respectivement adoptés par les naturalistes C. J. Temminck (1815)
Les deux génériques vont cohabiter jusque dans la première moitié du 20e siècle. Pipit s’imposera rapidement à partir de 1935, conformément aux recommandations de la Commission pour l’unification des noms français des oiseaux
Dans cet emploi, le terme pipit a vraisemblablement été adopté sous l’influence de l’anglais pipit attesté depuis 1731 (d’abord sous la forme pippit) comme nom spécifique du Pipit farlouse (ou d’une petite espèce similaire)
l’alouette pipi. C’est la plus petite de nos alouettes de France; son nom Allemand piep-lerche, & son nom Anglais pipit sont évidemment dérivés de son cri, & ces sortes de dénominations sont toujours les meilleures, puisqu’elles représentent l’objet dénommé autant qu’il est possible; aussi n’avons-nous pas hésité d’adopter ce nom de pipi.
Source de la citation : Leclerc de Buffon, 1778
pipit, pitpit (dans le langage enfantin)
Attesté depuis 1930 dans le Glossaire du parler français au Canada
Taxonomie et nomenclature
Dans la nomenclature actuelle, le générique pipit sert à dénommer une quarantaine d’espèces de passériformes de la famille des motacillidés classées dans le genre Anthus ainsi que dans les genres monospécifiques Hemimacronyx et Tmetothylacus.
Dans des noms composés
Principales espèces présentes dans l’ouest de l’Europe, aux plumages peu distinctifs :
pipit des arbres*, (19e–début 20e siècle) pipit des buissons [Anthus trivialis; syn. ancien Anthus arboreus] : espèce à poitrine striée qui fréquente les milieux légèrement boisés. [syn. ancien (voir) : alouette pipi.]
pipit farlouse*, (19e–20e siècle) pipit des prés [Anthus pratensis] : espèce à poitrine fortement striée fréquentant les milieux très ouverts [voir : farlouse; syn. anciens : alouette de(s) pré(s), alouette farlouse.]
pipit rousseline* [Anthus campestris] : espèce des milieux ouverts relativement secs ou sablonneux.
pipit spioncelle* [Anthus spinoletta] : espèce des milieux ouverts situés en altitude [voir : pipit d’Amérique].
Principale espèce présente au Canada :
pipit d’Amérique* [Anthus rubescens] : espèce nordique nord-américaine, voisine du Pipit spioncelle, qui se reproduit dans la toundra.
Cette espèce a déjà été considérée comme une variété nord-américaine du Pipit spioncelle. Son nom actuel (calque de l’anglais American Pipit attesté dès 1934
Références et notes
Source(s) métalinguistique(s)
- TLFi
- FEW 8 *pippare, p. 559 a et b.
- Cabard (2022), p. 337
- Donovan et Ouellet (1993).
- Hageman (2000), p. 141.
- Jobling, J. A., Key to Scientific Names in Ornithology, sous Anthus (birdsoftheworld.org, 2025/12/22).
Base(s) ornithologique(s) de référence
Date de consultation :
- Avibase
- Birds of the World
- eBird
- Oiseaux.net