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pivert

Genre

masculin

Prononciation

[pivɛʀ]

Graphie

La graphie picvert est également en usage depuis le 17e siècle (au pluriel : des picverts, plus rarement des picsverts). Jusqu’au 18e siècle, souvent écrit piverd avec un d final. On rencontre aussi les graphies pivard ou pivart associées à une prononciation populaire ou régionale.

Variante

Pic-vert et picvert sont des formes intermédiaires entre pic vert (forme technique de référence) et pivert.

Début de l'article

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(Dans le contexte européen) Synonyme de pic vert*.

Remarque complémentaire à la définition du mot-entrée.

À époque ancienne, pivert a aussi été utilisé comme un générique (en concurrence avec pic) pour désigner divers types de pics.

Définition (emploi principal du mot-entrée).

(Dans le contexte nord-américain) (Qc/Ca) vieilli Synonyme de pic flamboyant*.

Remarque complémentaire à la définition du mot-entrée.

Au tournant des années 1960 et 1970, cet emploi était encore en usage dans l’ouest du Québec et en Acadie.

Nom(s) associé(s): ensemble d’oiseaux plus large.

picidé; piciforme.

Origine et histoire

Selon le Trésor de la langue française, c’est en 1521Gringore, Pierre (1521). Les menus propos (d’après le TLF)., sous la plume du poète et dramaturge P. Gringore, qu’on relève la première attestation de pivert utilisé comme nom d’oiseau (sous la forme pyvert); le mot est attesté au siècle précédent (1488), mais uniquement comme patronyme.

Cette dénomination simple est une variante agglutinée du nom composé pic vert, qui est issu du latin médiéval picus viridisTout comme pimart (mi-14e siècle) et picmar (16e siècle) sont issus du latin médiéval picus martius. [voir pic mar.] et qui est lui-même relevé depuis le début du 16e siècle (1509, au pluriel picz vers)Lemaire de Belges, Jean (1509), Les illustrations de Gaule (d’après le TLF).. Comme le signale la troisième édition (1741) du Dictionnaire de l’Académie française, la graphie pivert correspondait davantage à la prononciation française usuelleDéjà en 1680, dans le premier grand dictionnaire du français (Dictionnaire françois contenant les mots et les choses), P. Richelet avait apporté l’indication suivante : « Pic-verd, pi-verd, s. m. On écrit d’ordinaire pic-verd, mais on prononce pi‑verd. » :

pic, & picvert. Sub[stantif]. masc. On prononce toûjours, & l’on écrit ordinairement, pivert.

Source de la citation : Dictionnaire de l’Académie française, 1741

Dans les premiers grands dictionnaires du français, pic, pic vert, picvert et pivert sont souvent répertoriés comme des synonymes, mais alors que certains les décrivent comme des appellations spécifiques du Pic vert (Picus viridis, l’espèce de pic la plus commune en Europe), d’autres les présentent plutôt comme des appellations génériques :

pic, ou picvert, ou pivert. s. m. Sorte d’oiseau dont le plumage est jaunâtre & verd, & qui a un bec pointu dont il picque & creuse les arbres. » [On reconnaît ici le coloris du Pic vert.]

Source de la citation : Dictionnaire de l’Académie française, 1694

Pic, ou Pic-vert. Voyez l’article qui suit. Pic-verd. subst. masc. Prononcez Pivert, ainsi que quelques-uns l’écrivent. Oiseau qui a le bec long & dur, qui perce l’écorce des arbres. [Aucune mention de coloris de plumage.] […] Il y a des piverts de plusieurs sortes, tant pour la grosseur que pour le plumage. Quelques-uns distinguent entre pics & piverts; mais on croit que cette distinction n’est point fondée, & que c’est le même oiseau : au moins l’Académie est de ce sentiment. Elle dit pic ou pic-vert, ou pivert.

Source de la citation : Dictionnaire universel de Furetière, 1701 (édition de Basnage de Bauval)

Même dans les traités d’ornithologie, on observe un certain flottement quant à la valeur du terme pic vert, comme le déplore G.-L. Leclerc de Buffon dans son Histoire naturelle des oiseaux (1780)Buffon, Georges-Louis Leclerc de, et coll. (1780). Histoire naturelle des oiseaux, tome 7, p. 13 (GoogleLivres, 2024/01/04)., notamment à propos des traductions françaises des écrits des naturalistes britanniques :

Belon a fait du pic noir une espèce de pic vert, & cette erreur a été adoptée par Ray, qui compte deux espèces de pics verts. Mais l’origine de ces méprises est dans l’abus du nom de pic vert que les anciens Ornithologistes & quelques modernes, tels les traducteurs de Catesby et d’Edwards, appliquent indistinctement à tous les pics. 

Source de la citation : Leclerc de Buffon, 1780

Le rapport qui s’est clarifié par la suite entre pic (appellation générique) et pivert ou pic vert (appellations spécifiques) n’était pas encore établi à l’époque de la Nouvelle-France lorsque pivert a commencé à être appliqué à des oiseaux de l’est du continent américain où on ne rencontre aucune espèce de pic à plumage verdâtre.

Dans certaines sources de l’époque, pivert (ou sa variante picvert) se présente comme un synonyme de pic-bois et donc comme une appellation générique :

Nous avons des Grües de deux couleurs; les unes sont toutes blanches; les autres d'un gris de lin. […] Nos Picverts, ou Picque-Bois, sont d'une grande beauté. Il y en a, qui ont toutes les couleurs; d'autres sont noirs, ou d'un brun obscur partout le Corps, excepté la Tête & le Cou, qui sont d'un très-beau rouge.

Source de la citation : Charlevoix, 1744

Mais d’autres sources témoignent d’un emploi plus spécifique. Dans l’Histoire veritable et naturelle de P. Boucher (1664)Boucher de Boucherville, Pierre (1664). Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada, p. 73 (gallica.bnf.fr, 2024/01/04). par exemple, pivert et pic-bois sont présentés comme des noms d’oiseaux distincts :

Il se void des Hibous & Chats-huans : des Corbeaux & Corneilles, des Piverts, & autres sortes que l'on appelle Picquebois […]. 

Source de la citation : Boucher, 1664

Et la description définitoire que le père Potier donne de pivert (pivart) dans ses manuscrits du milieu du 18e siècleToupin, Robert (1996). Les écrits de Pierre Potier, p. 502. (« oiseau piveté de noir et de jaune ») donne à penser que le mot servait déjà à désigner plus spécifiquement le pic flamboyant, l’espèce qui présente sans doute le plus de traits communs avec le pic vert d’Europe : analogie de taille, analogie de comportement (habitude de chasser les fourmis au sol), analogie de plumage (seul pic commun à ne pas avoir le dos noir ou noir et blanc).

C’est essentiellement dans cet emploi que pivert a survécu au Québec et en Acadie jusqu’à la fin du 20e siècle.

Références et notes

Source(s) métalinguistique(s)

  • TLFi
  • FEW 8 picus, p. 432b.
  • Cabard (2022), p. 314.
  • Dictionnaire de l’Académie française, 1694 première édition, 1740 troisième édition (dictionnaire-academie.fr, 2024/01/04).
  • Dulong, Gaston et Gaston Bergeron (1980). Le parler populaire du Québec et de ses régions voisines, vol. 6, question 1521 « Pic doré ou flamboyant ».
  • Fonds documentaires du Trésor de la langue française au Québec (tlfq.org, 2024/01/04).
  • Furetière, Antoine (1701). Dictionnaire universel, édition d’H. Basnage de Bauval, sous pic (gallica.bnf.fr, 2024/01/04).
  • Richelet, César-Pierre (1680). Dictionnaire françois contenant les mots et les choses, sous pic (gallica.bnf.fr, 2024/01/04).

Note(s)